Guadeloupe

« L’épidémie outremer va s’aggraver dans les semaines qui viennent ». Lire l’avis inquiétant du conseil scientifique.


Le conseil scientifique vient de rendre un avis inquiétant sur la situation « dans les territoires d’outremer ».

Résumé pour ceux qui sont très pressés.
La situation est loin d’être sous contrôle. Sur le terrain, les points quotidiens des ARS commencent à devenir une routine rassurante, avec une mise en avant de la baisse des cas confirmés. En réalité l’épidémie n’a pas encore « réellement » commencé dans ces territoires. Ils ont été confinés « en même temps » que l’hexagone, mais la propagation a 3 semaines de retard.
Il faut s’attendre à une augmentation du nombre de cas graves dans les jours qui viennent.
Il faut renforcer le confinement (et oui, désolé) qui commence à être long.
Il faut se préparer un afflux massif de patients problématiques car dans ces territoires il y a une forte commorbidité : les patients sont souvent diabétiques ou hypertendus.
L’urgence se porte sur les masques et les protections pour les soignants.
Et les tests aussi.
Nous ne sommes qu’au tout début de cette histoire.


Points d’alerte généraux

Le Conseil scientifique souhaite alerter sur certains points concernant le contrôle de l’épidémie de Covid-19 dans les territoires d’outre-mer, en tenant compte des sensibilités de la société outre-mer et de la diversité des territoires.

1) L’épidémie dans les territoires d’outre-mer va s’aggraver dans les semaines qui viennent

coronavirus aux antilles

Il y un décalage d’environ 3 à 4 semaines entre le début de l’épidémie de Covid-19 dans l’hexagone et dans les territoires d’outre-mer. Ce décalage a permis à tous les territoires de commencer à s’organiser pour l’arrivée de la vague épidémique. Ils ont introduit le confinement général et des mesures de limitation de la pénétration du Covid-19 sur leur territoire.

En fonction de la rigueur de sa mise en œuvre, le confinement général doit permettre de ralentir voire stopper la progression de l’ épidémie de Covid-19. Il est cependant difficile de prévoir l’ impact de ces mesures sur la progression de l’épidémie de Covid-19, le nombre d’hospitalisations et le nombre de décès.

Le Conseil scientifique attire l’attention sur le fait que, même s’il est possible d’affirmer que les mesures prises à ce jour auront, et ont déjà un impact, il est impossible aujourd’hui de dire quand les pics épidémiques seront atteints, et quel niveau ils atteindront dans chaque territoire.

2) Renforcement des capacités hospitalières

lit de réanimation coronavirus

La principale question qui se pose est celle de l’adéquation entre les capacités hospitalières des territoires, notamment celles des services de réanimation, et les besoins à venir, en particulier pour les personnes présentant des formes graves de Covid-19.
Dans les territoires d’outre-mer, les hospitalisations en réanimation de cas graves de Covid- 19 sont actuellement rares. Les capacités de réanimation sont loin d’être saturées. Ceci est lié au stade débutant de l’ épidémie. Il faut cependant rester prudent, car même si la population est majoritairement jeune, et donc moins à risque de forme grave de Covid-19, la présence de comorbidités comme hypertension, diabète et surpoids pourrait se traduire par un nombre important de formes sévères.
Compte tenu des délais d’acheminement des équipements, il faut dès à présent anticiper les besoins en lits de réanimation en évaluant la faisabilité et le gain en nombre de lits qu’apporteraient des mesures type déprogrammation de la chirurgie non essentielle, conversion de lits de réanimation pédiatrique en réanimation adulte, et sollicitation du secteur privé. Il est important de souligner que l’accroissement des besoins en lit de réanimation s’accompagne de l’accroissement en besoin d’équipements divers, tels les respirateurs (un nombre important de respirateurs a déjà été commandé. Ils sont en cours d’acheminement).

A titre de comparaison, en métropole les besoins en lits de réanimation ont globalement été multipliés par deux à trois depuis le début de l’épidémie de Covid-19, avec une tension très forte sur les effectifs de personnels hospitaliers spécialisés, qui ont dû être renforcés, et une forte augmentation de la consommation en médicaments de réanimation, tels les curares.

Dès maintenant, il est urgent de réorganiser le fonctionnement des hôpitaux qui accueillent les cas de Covid-19, avec reprogrammation prudente des activités non urgentes. La création d’une filière de soins des cas de Covid-19 bien distincte et bien signalée est également une nécessité, avec triage des cas d’infections sévères et des cas suspects sans critères de gravité.

3) Tests diagnostiques (RT-PCR COVID) : une stratégie dès maintenant

coronavirus martinique

Les besoins en dépistage du SARS-CoV-2 par écouvillonnage nasopharyngé sont grandissants. Il est important de s’assurer de la disponibilité de ces tests qui vont être au cœur des stratégies de contrôle de l’ épidémie mises en œuvre en out re-mer.
Les territoires principaux sont dotés des capacités diagnostiques par PCR. Les plus petits territoires sont en train de s’équiper avec des solutions adaptées à leur besoin. Renforcer certains laboratoires hospitaliers, avec des équipements qu’ ls maîtrisent bien est une nécessité dès à présent.
De la même façon, les stocks en réactifs et matériels de prélèvement arrivent à leur fin dans beaucoup de cent res. Il est nécessaire dès à présent de passer de nouvelles commandes, spécifiques et personnalisées.
Une stratégie de package« machine + petite équipe » doit être privilégiée. L’ équipe doit être composée de 4 à 5 personnes, venant de métropole pour une formation et une accélération de la mise en phase opérationnelle. Le partenariat public-privé pour le réseau des prélèvements COVID doit se mettre en place dès maintenant.

4) Equipements, traitements et suivis épidémiologiques

covid martinique coronavirus

Une grande préoccupation actuelle des agences régionales et territoriales de santé, est la disponibilité des masques et des équipements de protection individuelle.
Des commandes sont en cours. Il est impératif d’ éviter les ruptures de stock et de permettre une large utilisation des masques en privilégiant en cas de tension les personnels de santé.
Sur le plan thérapeutique, et selon un principe de justice sociale, il sera nécessaire d’organiser, de manière médicalement contrôlée, l’accès aux traitements du Covid-19 en cours d’ investigation, dans le cadre de procédures dites compassionnelles.
Il est recommandé d’attendre les premiers résultats intermédiaires des études en cours. Dans les territoires où la recherche clinique est déjà active, des centres participant aux études pourront être ouverts.
Les gels hydro-alcooliques doivent être disponibles largement pour les personnels de santé.

Concernant la surveillance épidémiologique, notamment pour le suivi actif des contacts des cas, il est nécessaire de renforcer très fortement les équipes sous la coordination de l’équipe locale de Santé publique France, en s’ appuyant sur les différents acteurs de santé.


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